La Traviata,
Un univers scénique imaginé par Frank Aracil

 

 De retour sur la scène de l’Opéra de Reims en début de saison, Violetta va pour notre plus grand plaisir rencontrer et chérir Alfredo, sacrifier son bonheur naissant, se mourir de maladie et d’amour. Le tout dans un décor de Frank Aracil au service de la mise en scène et construit dans les ateliers sur place.

 

Il y a deux façons de penser la scénographie d’un opéra. Reconstituer avec réalisme les lieux où se déroule l’action ou illustrer une idée qui peut symboliser l’œuvre. Frank Aracil est de la deuxième école, celle de l’abstraction. Un positionnement hérité de sa formation à l’École nationale supérieure d’architecture Paris-Belleville. « J’ai été marqué par l’enseignement d’Henri Ciriani qui, à partir des travaux de Le Corbusier, nous montrait comment transposer des concepts en espaces. » C’est à lui qu’a fait appel Pierre Thirion-Vallet, metteur en scène et directeur général et artistique de Clermont Auvergne Opéra, pour monter cette année La Traviata, en coproduction avec l’Opéra de Reims et l’Opéra Nomade. Une longue complicité professionnelle lie ces deux passionnés. « J’avais été l’assistant de Renaud de Fontainieu sur plusieurs spectacles de Christian Schiaretti quand il m’a contacté pour La Grande-duchesse de Gérolstein, d’Offenbach. Depuis, il me sollicite à chaque création. » Ils n’en sont pas à leur première Traviata. Le binôme s’y est déjà frotté il y a une dizaine d’années. « C’est assez vertigineux de reprendre une telle œuvre avec la même équipe sans se répéter », admet Frank Aracil. Sa ligne de conduite : ne pas regarder les réalisations précédentes pour ne pas être influencé et rester le plus neutre possible.

« Nous sommes repartis d’une page blanche en cherchant une nouvelle idée. Pierre a donné quelques indications sur la direction à prendre et je me suis mis à ma table à dessin. » Une dizaine de perspectives et de croquis à main levée, représentant autant d’options scénographiques, sont sortis de son imagination. « Comme à chaque fois, on en rejette, on en retient, on doute, on classe, on approfondit les deux ou trois qui nous tiennent à cœur jusqu’à tomber d’accord au bout de ce va-et-vient. » Ennemi de la grandiloquence, adepte des formes épurées, architectoniques, Frank Aracil est à l’aise avec la lecture contemporaine de l’œuvre proposée aujourd’hui par Pierre Thirion-Vallet. Ce faisant, ce dernier est fidèle à l’esprit de Verdi qui, avant d’en être empêché par la censure, avait prévu de placer les chanteurs dans un cadre et des costumes de son temps pour que le public s’identifie aux personnages et perçoive, sous les belles envolées lyriques, la critique contre la bonne société et le poids des convenances.

Un grand camélia blanc

« Nous avons pris comme point de départ l’enfermement du personnage dans cette société que Verdi dénonçait. Pour en traduire l’idée, on retrouve dans l’acte I un espace fermé, étouffant, aux murs gris, avec de grandes lignes verticales qui peuvent figurer des barreaux de prison et un grand camélia blanc imprimé sur un tulle noir. Pour la parenthèse heureuse à la campagne au début de l’acte II, toutes les portes s’ouvrent, laissant pénétrer les couleurs, la nature, les fleurs qui descendent des cintres devant un cyclo bleu comme le ciel. Puis le ciel devient orageux chez Flora, annonçant le dernier acte tragique pour lequel ne restera plus qu’une ampoule allumée, les portes se refermant sur une Violetta condamnée à mourir, sous la silhouette ressurgie du grand camélia blanc. » Les plans techniques ont été envoyés à l’atelier de construction de l’Opéra de Reims où les décors sont en fabrication : portes en bois de 4 mètres de hauteur, charpente foliaire pour l’envahissement végétal de l’acte II… Le tulle ignifugé est acheté et imprimé à l’extérieur, le mobilier et les simples accessoires glanés dans le commerce.

Un scénographe doit être aussi pragmatique que créatif pour intégrer toutes les contraintes s’imposant au projet. Tenir un budget qui va rarement croissant, choisir des matériaux pas trop lourds par rapport au transport, concevoir des éléments montables et démontables rapidement (5 à 6h) et bien dimensionnés par rapport à la taille des plateaux. « La Traviata se jouera dans une dizaine de lieux très différents. Les décors ne doivent être ni trop grands pour les petits, ni ridicules dans les grands. Il faut parfois revoir sa copie, supprimer, simplifier, réduire de quelques centimètres. Mais je ne vois pas ces contraintes comme négatives parce qu’elles me donnent un cadre. » Également régisseur général de production, Frank Aracil sera de toutes les dates de la tournée, dont les 14, 16 et 18 octobre à l’Opéra de Reims. Il supervisera le montage, donnera les tops techniques au début et pendant le spectacle. Lui restera-t-il assez de disponibilité d’esprit pour se laisser emporter par l’œuvre et se remémorer sa première rencontre avec l’art lyrique sur la colline d’Orange, là où naquit sa vocation ?

LA TRAVIATA

Vendredi 14 octobre à 20h30
Dimanche 16 octobre à 14h30
Mardi 18 octobre à 20h

 

clermont-auvergne-opera.com

operanomade.org

 

Texte : Catherine Rivière
Croquis et plans :  Frank Aracil

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